Les biosimilaires : similaires à quoi et différents de quoi ?

En 1978, le premier médicament biologique commercialisé, issu du génie génétique, fut l’insuline recombinante. Depuis lors, les biomédicaments ont bouleversé la thérapeutique de maladies graves comme le diabète, certains cancers, les troubles de la croissance et les maladies inflammatoires chroniques, dont les rhumatismes inflammatoires chroniques (RIC).
Les biothérapies ont révolutionné leur prise en charge il y a 20 ans avec l’arrivée des anti-TNF alpha, puis de leurs biosimilaires en 2015. Ces derniers sont souvent méconnus des malades ou suscitent de nombreuses interrogations.
En juin 2020, Irène Pico, patiente-experte et membre du Comité de rédaction de l’AFPric, contribuait à la formation “Explique-moi les biosimilaires” destinée aux malades et à leurs proches, organisée par Marion Mathieu de Tous Chercheurs et l’afa Crohn RCH. Elle fait le point aujourd’hui pour nos lecteurs.

Qu’appelle-t-on biosimilaire ?

Étymologiquement, un biosimilaire est “bio-” car biologique = issu du vivant et “-similaire” car “cliniquement équivalent, comparable à un médicament biologique de référence qui a déjà une AMM (autorisation de mise sur le marché) et dont le brevet est tombé dans le domaine public”.(1)

À expiration du brevet déposé 20 ans plus tôt par le laboratoire pharmaceutique, soit une dizaine d’années après sa commercialisation, d’autres laboratoires peuvent produire des copies du médicament original, dit “de référence” ou “princeps”, copies appelées génériques pour les médicaments synthétiques, et biosimilaires pour les biomédicaments. Néanmoins, contrairement à un générique, un biosimilaire est très proche du premier biomédicament à avoir été commercialisé, sans lui être parfaitement identique.

Pourquoi similaire et pas identique ?

Parce que, comme sa molécule d’origine, le biosimilaire est une grosse protéine complexe fabriquée par une cellule génétiquement modifiée pour devenir une “cellule-usine”. La variabilité naturelle de cet organisme vivant et la complexité du processus de fabrication font que les médicaments biologiques ne peuvent pas être reproduits exactement à l’identique. C’est également valable pour les médicaments biologiques d’origine, pour lesquels la même variabilité inter-lots est observée.

Alors un biosimilaire, ce n’est pas le générique d’un biomédicament ?

Comme un générique, un biosimilaire possède la même composition qualitative et quantitative en principe actif et la même forme pharmaceutique que le médicament princeps.

Mais pour autant, un biosimilaire n’est pas un générique. D’ailleurs, le Code de la Santé Publique (CSP) précise justement qu’il ne peut pas « être regardé comme une spécialité générique en raison de différences liées notamment à la variabilité de la matière première et aux procédés de fabrication » :

  • dans un médicament générique, le principe actif est l’exacte reproduction d’une petite molécule chimique (< 50 atomes) tandis qu’un biosimilaire est une copie différant de manière infime d’une grosse molécule complexe (> 3 000 atomes),
  • la production d’un générique par extraction ou synthèse chimique est facile et rapide, se comptant en jours, tandis que la production d’un biomédicament par des cellules vivantes se fait par biotechnologie dans des bioréacteurs selon un processus coûteux et long de plusieurs semaines.

C’est pourquoi la procédure d’obtention d’autorisation de mise sur le marché est beaucoup plus lourde pour un biosimilaire que pour un générique :

  • pour un générique, la demande d’AMM contient les données permettant d’évaluer et de garantir sa qualité, son efficacité et sa sécurité d’emploi (dossier bibliographique) ainsi qu’une étude de bioéquivalence qui consiste à comparer chez des volontaires sains les concentrations obtenues in vivo après administration de la molécule princeps et de son générique. Le principe actif ayant déjà fait l’objet d’études précliniques et cliniques lors de la demande d’AMM du médicament de référence, elles ne sont pas exigées.
  • pour les biosimilaires, comme pour les médicaments biologiques de référence, les demandes d’AMM sont soumises à une procédure d’examen centralisée par l’Agence Européenne des Médicaments (EMA). Le laboratoire devra fournir des données documentant la qualité pharmaceutique (propriétés physico-chimiques et activité biologique) et une sécurité et une efficacité comparables à celles du médicament de référence. En outre, selon le CSP, un médicament biosimilaire nécessite que soient produites des données résultant de nouvelles études précliniques (toxicologiques) et cliniques de phases 1 et 3 (pharmacologie, tolérance, sécurité d’emploi et efficacité). Des tests de comparabilité sont réalisés afin de montrer qu’il y a équivalence clinique, et pas seulement bioéquivalence, entre le biosimilaire et le médicament de référence, ce qui permet au biosimilaire d’obtenir une AMM pour une indication considérée comme représentative. Ultérieurement et dans certaines conditions, une extrapolation à d’autres indications approuvées pour le médicament biologique de référence pourra être envisagée.

Pour quelles raisons mon rhumatologue me propose-t-il un biosimilaire ?

Il vous le propose car c’est une spécialité en laquelle il a toute confiance, puisque le biomédicament de référence est commercialisé depuis longtemps et que la sécurité et l’efficacité du biosimilaire ont été testées dans le cadre d’études cliniques. Il sait qu’il aura la même efficacité et pas d’effets secondaires supplémentaires.

Votre rhumatologue peut vous proposer un biosimilaire d’emblée si c’est votre premier médicament biologique, ou bien si votre biomédicament actuel ne vous convient plus et qu’il envisage de vous en prescrire un différent, qui existe sous forme de biosimilaire.

Il peut également vous proposer de passer du biomédicament princeps au biosimilaire quand votre maladie est stabilisée, ou bien si la forme pharmaceutique de votre biomédicament actuel ne vous convient pas : c’est le “switch” ou interchangeabilité.

L’interchangeabilité est un acte médical, dont seul le prescripteur a l’initiative, qui se réalise dans le cadre d’une décision médicale partagée avec le patient, tandis que la substitution d’un médicament original par un générique, ou d’un générique par un autre, est réalisée par le pharmacien.

Un biosimilaire est environ 20 % moins cher que le biomédicament de référence, dont le coût s’élève en moyenne à 10 000 € par an pour l’Assurance maladie ! Aussi, quand vous choisissez en toute confiance de prendre un biosimilaire dans le cadre d’une discussion avec votre rhumatologue, vous réduisez le coût de votre traitement pour la collectivité. Il s’agit d’une démarche citoyenne qui contribue à pérenniser la prise en charge à 100 % des médicaments innovants déjà commercialisés et de ceux qui vont l’être, et de faciliter l’élargissement de l’offre thérapeutique. L’augmentation du nombre de biomédicaments disponibles permet de prévenir les ruptures de stock pour un même principe actif, en cas d’incident de production par exemple.

Enfin, la commercialisation d’un biosimilaire stimule la concurrence entre biomédicaments, dont les prix baissent mécaniquement. Ceci permet au plus grand nombre de bénéficier de médicaments sûrs et très efficaces mais chers pour la société.

Quelles sont les conditions de prescription, de renouvellement et de suivi d’un biosimilaire ?

Seul le médecin autorisé à prescrire le biomédicament de référence peut prescrire son biosimilaire, après avoir informé le patient et obtenu son adhésion s’il s’agit d’un “switch”. La prescription s’effectue en DCI (dénomination commune internationale) ET en nom de marque (ex. : adalimumab Imraldi®). Le dosage, la forme pharmaceutique, la voie et la fréquence d’administration sont inchangés par rapport au médicament de référence.

Néanmoins, le stylo destiné aux injections sous-cutanées n’est pas le même d’un biosimilaire à un autre et peut être plus ou moins bien accepté par le malade. N’hésitez pas à demander que ce stylo vous soit présenté avant de passer au biosimilaire !

La prescription et le renouvellement sont soumis aux règles des médicaments d’exception à prescription initiale hospitalière, comme tous les médicaments biologiques. Depuis juillet 2019, l’étanercept et l’adalimumab (princeps et biosimilaires) doivent être initialement prescrits par un rhumatologue hospitalier mais peuvent ensuite être renouvelés en ville. Le bilan initial, le suivi et la surveillance (pharmacovigilance, traçabilité…) sont aussi rigoureux que pour le bio-médicament de référence.

(1) Les médicaments biosimilaires, Haute Autorité de Santé www.has-sante.fr

Références : Haute Autorité de Santé (www.has-sante.fr) / Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé (www.ansm.sante.fr) / Observatoire du Médicament, des Dispositifs médicaux et de l’Innovation Thérapeutique Grand Est (www.omedit-grand-est.ars.sante.fr) / Base de données publique des médicaments (http://base-donnees-publique.medicaments.gouv.fr) / Le développement des biosimilaires, Sandoz (www.sandoz.fr) / Vidéo “Comprendre les biosimilaires en 3 minutes”, Pfizer, disponible sur YouTube.

Source : PolyArthrite infos n°118 – Septembre 2020, p. 18-19 « Les biosimilaires : similaires à quoi et différents de quoi ? »

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